« Où je vis » de Shurik’n est probablement un des meilleurs albums de rap français de tous les temps. Malgré le nouvel album solo (sorti 14 ans plus tard) et les autres albums d’Iam, il est difficile d’oublier ce disque qui a marqué mon adolescence et celle de ceux qui suivaient le rap français à l’époque. Comme avec Iam dans  « l’Ecole du micro d’argent », Shurik’n écrit des textes de grandes qualité accompagnés de musique très sobres. C’était le style de l’époque et ça a très bien marché pour ce disque.

On est à cent lieues des productions de rap actuels, qui misent beaucoup sur les moyens techniques et les mises en scène tapageuses. On entend des jeunes d’aujourd’hui dire que les nouveaux rappeurs ont un son de meilleure qualité. Juger une musique à la qualité sonore, c’est comme dire : « J’ai un beau stylo donc je suis un grand écrivain ». En réalité, ce qui fait la qualité d’une musique, c’est l’imagination, l’audace, la capacité à rêver de l’artiste, pas la qualité de son matériel musical.

Les musiques d’accompagnement du rappeur marseillais sont simples et sobres. Cela n’empêche qu’elles se marient très bien avec ses paroles, qu’elles lui donnent une signification particulière, et que chaque note sonne avec profondeur. Ces musiques évoquent à la fois la musique classique, la musique asiatique et les musiques de films d’aventure.

Mais ceux sont surtout les paroles qui retiennent notre attention. Il est vrai qu’à l’époque, le rap français se distinguait par des textes d’une intelligence rare. Et Shurik’n l’a bien confirmé. Un autre mérite de ses textes, c’est qu’il n’y a pas de violence, contrairement à ce qu’on disait du rap de l’époque. Quand j’étais ado, le rap était systématiquement associé aux racailles, au machisme et à la violence. Shurik’n et Iam ne montrent aucun des ces clichés. Je n’ai pas écouté le nouvel album « Tous m’appellent Shu », mais les textes d’ « Où je vis » me suffisent largement. Je voudrais vous donner quelques citations pour l’exemple :

En somme voici venir l’âge béni, où tu te crois homme mais t’es qu’un con, et y a qu’à toi qu’on l’a pas dit.

Aussi sûrement qu’une étoile, une âme peut s’arrêter de briller.

On peut pas dire ce qu’on a jamais entendu.

On persévère avec un père sévère.

Dire qu’on a vécu, laisser la trace d’un passage éphémère.

Ne pas finir comme une chanson qui meurt parce qu’on la chante plus.

Au nom de mes frères, je resterai fier, je scelle ces mots d’un sceau de fer.

C’est son vécu qui fait d’un homme un homme.

Quand au nouvel album, je suppose qu’il doit être aussi bien que le premier. Mais je ne l’ai pas écouté, sauf quelques extraits. Le problème, c’est qu’il n’est pas sorti à la bonne époque. Un rap sobre, un son gras avec des paroles profondes, c’était le style d’il y a quinze ans. Je ne crois pas que Shurik’n arrivera à battre Maître Gim en terme de vente. Mais bon, c’est comme ça.

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